L'association ParisVelocipedia a pour but principal de commémorer le 150ème anniversaire de l'adaptation de la pédale à la draisienne à Paris en 1861, évènement qui fait de Paris le berceau mondial de la bicyclette.

De Paris à Versailles en vélocipède 

La première course « cycliste » au monde (1867) 

 

Le 8 décembre 1867, plus d‘une centaine d’amateurs se sont élancés sur leur vélocipède du rond-point des Champs-Élysées vers le château de Versailles. 150 ans après, le 10 décembre 2017, une vingtaine de passionnés rééditeront, sur des engins des années 1860 et costumés, ce qui fut la première course « cycliste » organisée de tous les temps afin de commémorer cet événement primordial dans l’histoire du cycle.

Tous les détails de la réédition sont consultables sur le site : les velocipedistes.com.

Lancé au début des années 1860, le vélocipède a commencé à connaître le succès en 1867 à Paris, avec comme point d’orgue la course de Paris à Versailles le dimanche 8 décembre : ce jour-là, malgré un froid intense, plus de cent amateurs convergent vers le rond-point des Champs-Élysées pour rejoindre Versailles sur leur bicycle. Ce fut non seulement le premier grand rassemblement de vélocipèdes connu mais aussi la première course organisée.

Cet événement nous est connu par une demi-douzaine d’articles de journaux, lesquels donnent une série d’indications concernant l’événement. Le rendez-vous fut donné aux participants à 10 heures avenue d’Antin (aujourd’hui Franklin-Roosevelt), à proximité du Panorama national. Construit par Daviout en 1860, cet édifice était alors une salle de spectacle à la mode ; il deviendra le théâtre du Rond-Point. C’est un des rares bâtiments parisiens encore existants en relation avec l’histoire du vélocipède avec la brasserie du Pré Catelan.

Le lieu de départ était situé à proximité des ateliers Michaux, au coeur du quartier qui fut le berceau du vélocipède. Et le site prestigieux du château de Versailles, alors mis en valeur par les autorités, a servi d’écrin pour l’arrivée. La ville de Versailles présentait l’avantage d’être desservie depuis Paris par deux gares de chemin de fer en plus du chemin de fer américain.

Pour arriver à la place d’Armes, les vélocipédeurs ont emprunté l’ancienne route impériale N° 10 passant par Boulogne, Sèvres, Chaville et Viroflay l’avenue de Paris. La course avait été annoncée la veille par deux journaux dont Le Petit Journal qui est édité à 250 000 exemplaires. Abel Céas emploiera pour ce rassemblement l’expression grande course dans son article du Courrier de la Drôme et de l’Ardèche du 18 décembre. On connaît précisément le parcours et le temps, à la minute près, mis par les trois premiers arrivés, 58 minutes, 59 minutes et une heure, et les 24 premiers arrivés eurent une récompense. Outre une certaine organisation, ceci implique une idée de vitesse et un probable classement, caractéristiques d’une compétition. L’excursion de Paris à Versailles fut donc la première course «cycliste» organisée qui eut lieu après les courses intimes du bois de Boulogne évoquées par le vicomte de Cluvigny dans Le Sport du 4 août.

Les trois premiers ont mis environ une heure pour un parcours d’environ 17 km. Ce temps pourrait paraître long pour des vélocipédeurs entraînés, lesquels roulaient alors à 25 km/h grâce aux perfectionnements accomplis sur les bicycles depuis le Paris-Avignon.Plus que le dénivelé qui dépasse les 100 mètres, c’est le froid intense, qui a dû en être à l’origine.

Cet événement extraordinaire a été organisé par le Véloce-Club de Paris : l’organisation de courses de vélocipèdes sera son objectif principal dans les statuts publiés en 1869. Ont joué un rôle important dans le lancement du cercle des membres du Jockey-Club ainsi que les frères Olivier : cette course ne pouvait que servir leur dessein alors qu’ils s’apprêtaient à prendre le contrôle des ateliers Michaux.

La presse indique la qualité de certains participants, ce qui permet leur probable identification. Il y avait un académicien, lequel ne peut être qu'Émile Augier, un vélocipédeur de la première heure qui vélocipédait depuis son domicile de Croissy-sur-Seine à la Comédie française. Il y avait aussi trois ou quatre membres du corps législatif : l’un d’eux est probablement le député républicain Jules Favre qui n'en serait pas moins un grand orateur, quand même il arriverait à la Chambre monté sur un bicycle pour prononcer ses discours..(Le Gaulois,18 décembre 1869). La présence de députés explique la récompense accordée aux premiers arrivants, un accès au palais Bourbon : Les 24 premiers arrivés à Versailles ... ont gagné chacun une entrée au corps législatif, pour tel jour de séance publique qu’il leur plaira de choisir, (Le Charivari,10 décembre). Et beaucoup de participants venaient de la très haute société comme les membres du Jockey Club cités comme vélocipédeurs par le vicomte de Cluvigny dans un article publié dans Le Sport du 4 août et repris par la presse anglo-saxonne. Citons Onésime Aguado, fils de la seconde fortune sous la Restauration qui fut un promoteur de la photographie avec Édouard Delessert, le premier président du Véloce-club de Paris, le prince Joachim Murat ou le prince de Sagan. Il faudrait ajouter Adrien de Baroncelli qui publiera des guides vélocipédiques, Jules-Marie de La Ruë auteur d’une brochure parue en avril 1868 consacrée au vélocipède Michaux et signée Un Amateur, ou bien le capitaine de vaisseau Alexandre Le Jumeau de Kergaradec qui emportera peu après un vélocipède en Cochinchine. Et parmi les militaires, il y a les généraux Émile Félix Fleury, un proche de l’Empereur, ou Pierre de Saint-Sauveur, alors commandant du régiment de gendarmerie de la Garde et familier des Tuileries. 

Les membres du Jockey Club, un des cercle les plus huppés de la capitale, furent à l’origine des premiers projets de course de vélocipèdes connus, celui du Rond-point à Saint-Cloud cité par de Cluvigny puis celui de l’île de Billancourt annoncé dans Le Temps du 18 septembre 1867, mais jamais réalisés. Des journalistes ont été signalés : il s’agit probablement de Georges Le Barrois d’Orgeval qui aurait été un adepte de la première heure en montant le premier vélocipède sorti des ateliers Michaux de la rue Jean Goujon (Le Vélo,18 mai 1893), d'Abel Céas qui signa le seul article donnant le temps des premiers arrivés à Versailles dans le quotidien familial, Le Courrier de la Drôme et de l’Ardèche, du 18 décembre voire aussi de son père Jules, le doyen des vélocipédeurs ou de Henri Rochefort qui roulait à vélocipède, au moins en 1869. Paul Sic qui avait signé l’article publié dans Le Moniteur universel du soir du 21 avril 1867 affirmant Nous somme disposés à fonder le club des vélocipédeurs ... est en fait le pseudonyme de plusieurs journalistes.

Mais, pour atteindre ce nombre élevé de participants, des amateurs de bicycle issus de classes moins aisées se sont joints à la caravane. C’est probablement le cas des amis des Olivier rencontrés à l’École Centrale tels Jean-Baptiste Gobert qui prendra la direction de la Compagnie Parisienne des vélocipèdes qui à succèdé à Michaux et Cie, ou Charles Armengaud qui participera à l’organisation des courses de Saint-Cloud du 31 mai 1868. Enfin, la présence de gens d’origine modeste est probable. Le Petit Journal 10 décembre 1867 a signalé des participants de rangs et d'états divers et l’Irish Times qu’ils venaient d’horizons variés. En particulier, ont dû venir des vélocipédeurs liés au monde de la mécanique, comme les fils de Pierre Michaux, Edmond et Ernest, de leur voisin James Moore, futur vainqueur aux courses de Saint-Cloud le 31 mai 1868 et du Paris-Rouen en 1869 et dont le père s'installa comme maréchal-ferrant en 1853 en face des ateliers Michaux au 2 cité Godot-de-Mauroy (rebaptisée de Boccador), ou bien de son ami Gaston Biot, caissier chez le constructeur de voitures Belvalette situé au 24 de l’avenue des Champs-Élysées.

La course de Paris à Versailles a contribué à l’essor du vélocipède grâce au nombre et la qualité des participants et à la large diffusion de l’événement dans la presse. Elle doit être considérée comme un des événements fondateurs de ce qui sera appelé la vélocipédomanie

Bibliographie

KOBAYASHI (Keizo), Historie du vélocipède de Drais à Michaux 1817 – 1876 – mythes et réalités. Bicycle culture center, Tokyo, 1993. (Épuisé, en réimpression)

ROBIN (Francis), Le Paris-Versailles du dimanche 8 décembre 1867 La première course « cycliste » de tous les temps ?, Dossier N°65 La Vélocithèque, Pomeys, 2017 (consultable à la bibliothèque du tourisme et des voyages Germaine Tillion, 6 rue du Commandant Schloesing - 75016 Paris).