L'association ParisVelocipedia a pour but principal de commémorer le 150ème anniversaire de l'adaptation de la pédale à la draisienne à Paris en 1861, évènement qui fait de Paris le berceau mondial de la bicyclette.

Histoire

La première attestation de petite reine pour désigner poétiquement la bicyclette

a été trouvée dans Le Véloce-sport du 16 avril 1891 par l'ATILF.

http://stella.atilf.fr/gsouvay/scripts/TLFEtym.exe?ADMBASE_ENTRY;SANS_MENU;FERMER;LIEN_EXTERNE;ENTRY=bicyclette

Puis, sauf nouvelle découverte, on la trouve dans La Montagne, de 1911, numéro 3, mars, selon le TLFi , le dictionnaire du CNRS, s. v. "reine".

L’origine de l'expression "petite reine" pour la bicyclette est probablement le fruit d’un télescopage entre plusieurs sources.

Petite reine en relation avec la vélocipédie a d’abord été employée pour qualifier la cycliste, et non la bicyclette. Jacques Seray le signale dans une strophe signée Edmont Haraucourt et parue dans Le Cycle du 18 août1895 :

« Ainsi parée, elle apparaît / Sur les routes de la forêt, / La petite Reine à deux roues, … ».

Ensuite, l’expression  petite reine fut employée comme surnom de la future souveraine accueillie à Paris en avril 1898 dans un article intitulé La Reine Wilhelmine, paru dans  La France illustrée N° 1521 du 23 avril 1898. Cette jeune Néerlandaise amateur de bicyclette née en 1880 devint reine à l’âge de 10 ans, avant d’être couronnée en le 6 septembre 1898.

Et le syntagme petite reine, déjà employé pour une cycliste, est passé par métonymie du surnom affectueux de La Reine Wilhelmine à celui du véhicule. Ce passage de la cycliste au véhicule a été favorisé par le supplément littéraire du Figaro du 4 octobre 1890 intitulé "La reine Bicyclette" par Pierre Giffard, suivi l'année suivante par son l’ouvrage traitant de l’histoire du vélocipède, La Reine Bicyclette. Ce livre a marqué les esprits en raison de l’emblématique dessin de la couverture du livre, une jeune femme portant au-dessus sa la tête une bicyclette moderne et son titre a popularisé l'expression. Par exemple, au Mans, sous la conduite de Léon Bollée, le 31 juillet 1892, la fête de la Reine Bicyclette obtint un succès énorme.

Puis, l’emploi de petite reine s’est substitué ainsi progressivement à reine-bicyclette qui a disparu. Une forme intermédiaire, la petite reine bicyclette, a été trouvée en 1907 à Marseille.

 Mais l’expression petite reine était déjà répandue en français bien avant le lancement de la bicyclette. Il est déjà attesté au XVII e siècle : La Petite Reine est le nom donné siècle à une tapisserie de Beauvais (c. 1670) représentant un groupe d’enfants assis dans un décor bucolique autour d’une fillette coiffée de plumes d’autruches, symbole royal.

Voc-LaPetiteReine-BeauvaisTapisserie1670

Cette tapisserie illustre le personnage de la reine de mai, symbole du renouveau du printemps, qui était ancré dans le folklore national, en particulier pour nommer la fille élue par une bachellerie féminine, ou celle qui se trouve en tête du cortège lors des fêtes traditionnelles de mai appelées « reinages ». Petite reine de mai est le sous-titre donné au Petit Chaperon rouge en 1923 par Pierre Saintyves. D’aucuns voient dans le personnage de Flora représenté dans le Printemps (1482) par Sandro Botticelli une représentation de cette reine de mai. Le synonyme de petite reine, reinette, écrit en moyen français renette puis roynette ou reynette, est polysémique : il a désigné une sorte de jeu de dames, puis une pomme très estimée (1536) ou la spirée dite reine des prés nommée ainsi en raison de son allure altière, spirée toujours appelée reynette en flamand.

 Le terme reine est passé à Paris dans le langage commun : les blanchisseuses des lavoirs et vendeuses des marchés parisiens élisaient des "reines". En 1891, un comité des lavoirs fédère les cortèges des lavoirs parisiens et organise un immense cortège pour la fête de la mi-carême qui sera reproduit les années suivantes. Apparaît alors la première "Reine des Reines" de Paris. Deux ans après, le jeudi 9 mars 1893, un cortège d'étudiants part à 11 heures de la place de la Sorbonne pour rejoindre ce cortège principal. Le hasard veut que ce soit au Cours de la Reine (créé en 1618 par Marie de Médicis), près de l'endroit où le vélocipède fut lancé par les Michaux et Olivier ! Selon Le Petit Journal du 10 mars 1893 (n° 11032), « Douze éclaireurs des Facultés, montés sur des vélocipèdes enrubannés et revêtus de casques aux couleurs universitaires, « pédalent », précédant la bannière du quartier Latin, haute de trois mètres ... »

 

Faluchards_1893

Les « Éclaireurs vélocipédistes des facultés »

 

Le succès, oublié aujourd'hui, de ces manifestations était fabuleux : cinq cent mille personnes se pressaient sur les larges trottoirs pour voir passer le légendaire cortège de chars. Des reines étrangères étaient invitées. La Gazzetta del Popolo daté du 1er avril 1905 de Milan, rend compte de la visite des Reginette (en italien pluriel de reginetta, petite reine, reginetta de bellezza signifie "reine de beauté"), c'est-à-dire des « Petites Reines », des marchés de Turin et Milan à Paris pour la Mi-Carême 1905. 

Le succès de l'expression "petite reine" aurait-il été influencé par le diminutif italien reginetta ? Si c'est la cas, la langue française rendrait alors un hommage à son inventeur, Viarengo de Forville, qui en eu l'idée en 1871.

 

Rosina-FerroPia sur la tour Eiffel-1905

Source :  L'Illustration, N° 3241 du 8 avril 1905

Après avoir été reçue au palais de l'Élysée, Rosina Ferro Pia, la "petite Reine" du marché de Porta Palazzo à Turin, observe le Sacré Cœur depuis la tour Eiffel.

 

Le succès populaire de l'appellation petite reine pour la bicyclette est peut-être aussi dû à l’opposition face à l’automobile. Dans leurs souvenirs publiés en 1906 (p.16-17), les frères Michaux associent la "reine bicyclette", la "reine du monde", à la "reine automobile" ou "roi automobile", le genre de ce mot étant alors incertain, qui est le  nouveau véhicule réservé aux privilégiés. La " petite reine" n'était pas opposée au grand bi déjà en voie de disparition en 1900. Et le fait d’être employé dans une république a pu favoriser le succès du syntagme par l’absence de reine dans la vie politique, voire une possible nostalgie des souveraines de jadis. Quant à fée, son nom a servi à qualifier l’électricité :  ce terme fut consacré par le tableau de Raoul Dufy La Fée Électricité (1937).

Du point de vue linguistique, petite dans cette expression implique un trait mélioratif voire hypocoristique, affectueux, ou bien doit être pris avec le sens de ce qui est agréable, qui inspire de l'estime ou de la sympathie. Quant au mot reine, il était passé depuis longtemps du sens de souveraine à des sens très divers souvent mélioratifs. Reine aussi celle qui domine, qui l'emporte sur les autres au sein d'un groupe, par différentes qualités en particulier la femme qui règne sur le cœur d'un homme : le monde de la vélocipédie était essentiellement masculin et l’expression amoureux de la petite reine y est fréquente. Si ce dernier sens est à l’origine du syntagme, celui-ci serait alors doublement affectueux. A noter qu’aucune expression masculine n’a eu de succès : pas de petit roi ou de petit prince, alors qu'un bicycle anglais était nommé vers 1885 "The King of the Road"  (le roi de la route) , expression reprise comme titre d'un ouvrage anglais consacré à l'histoire du cycle s'intitule !

Toutes ces raisons ont assuré le succès de petite reine face à d'autres expressions, comme par exemple petite déesse. Le constructeur anglais Rudge avait pourtant choisi La Déesse vers 1898 pour lancer cette marque à Paris, comme le montre cette affiche de PAL illustrée par Nikè :

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