L'association ParisVelocipedia a pour but principal de commémorer le 150ème anniversaire de l'adaptation de la pédale à la draisienne à Paris en 1861, évènement qui fait de Paris le berceau mondial de la bicyclette.

La course de vélocipèdes du Pré Catelan du 24 mai 1868

 

Le vélocipède a connu son essor dans la capitale au cours de l’été 1867 et le bois de Boulogne devint un lieu de promenade apprécié des Parisiens, en particulier des habitués du gymnase Triat :Tous les matins, au bois de Boulogne, plusieurs de nos élégants et même de nos élégantes s’évertuent à qui mieux mieux sur des vélocipèdes. La presse évoque aussi à plusieurs reprises des courses plus ou moins improvisées près de la Cascade : De neuf à onze heures du matin l'espace de la Cascade est fréquentée par les amateurs et les spectateurs de ces courses.  Les participants venaient de la haute société. Beaucoup étaient membres du Jockey Club dont les hôtels particuliers bordaient le bois. 

Puis, au printemps 1868, le vélocipède est devenu à la mode ; la France succombe à la vélocipédomanie et les courses se multiplient. Après la première course sportive du rond-point des Champs-Élysées à Versailles qui a réuni plus d’une centaine de vélocipédeurs le 8 décembre 1867,  la presse anglaise évoque une autre course, pas encore identifiée, qui aurait eu lieu en février 1868 près de Paris. Puis la presse française signale deux compétitions dans le Sud de la France, à Hyères et La Réole, les 13 avril et 21 mai, toutes deux organisées à l’occasion de fêtes. Enfin, une demi-douzaine d’articles font état d’une course de vélocipèdes le 24 mai 1868 au Pré Catelan, un jardin situé au coeur du bois de Boulogne. Ce dernier avait été cédé en 1852 à la ville de Paris par Napoléon III, et, en 1856, été inauguré en 1856 la corbeille de Fleurs du Bois de Boulogne, un parc d’attraction payant lors de sa création. Deux facteurs expliquent le choix de ce lieu dans le bois pour la course : il était situé à proximité de la Cascade et le nouveau directeur du Pré Catelan, Théobald de Saint-Félix, était un homme curieux de nouveautés comme le ballon et le vélocipède.

La course du Pré Catelan sont fut d’abord annoncée dans trois articles, ce qui a attiré un large public :

- Le Petit Journal du 14 mai 1868, un quotidien qui tirait à 300 000 exemplaires,

  • un entrefilet publié à la page une du Figaro du 15 mai 1868 
  • et dans la chronique hebdomadaire de Pierre Véron dans Le Monde Illustré du 23 mai 1868, un hebdomadaire plutôt conservateur et proche du pouvoir

Puis des articles ont rendu compte de la course. L’un d’eux publié, dans L’Univers Illustré du 6 juin1868, est accompagné d’un dessin de Jules Pelcoq légendé Une course de vélocipèdes, au Pré Catelan. C’est la première représentation de course si l’on exclut celle relatée par l’Événement Illustré du 23 avril 1868 qui fut plutôt une expédition de Paris à Rouen. Ce dessin constitue une précieuse source d’informations. Il représente une quinzaine de vélocipédeurs pédalant devant un public nombreux. Les modèles utilisés sont des bicycles, (le nom est attesté pour la première fois dans l’article cité ci-dessus) à corps cintré, probablement des vélocipèdes Michaux en fonte malléable. Le premier engin à corps droit dans un dessin de course apparaîtra dans la gravure de celle d’Enghein organisée à l’occasion de la fête patronale du 23 août 1868. 

Les participants sont probablement issus de la haute société comme lors des courses de l’été précédent à la Cascade ; ils sont membres du nouveau Véloce-Club de Paris, et Les membres du véloce-club ne sont pas les premiers venus, affirmait Le Figaro du 15 mai. Aucun nom de coureur n’est cité pour la course du Pré Catelan mais certains participants devaient être parmi ceux cités à la Cascade au cours de l’été 1867. Les demandes d’admission des demoiselles ont été éliminées probablement en raison du fait qu’elles provenaient de demi-mondaines comme Cora Pearl. Pourtant, les femmes à vélocipède étaient très présentes au bois de Boulogne : Nous sommes tous à même de voir chaque jour du côté de la porte Maillot un essaim de blondes — elles doivent être américaines — qui, ivres de sport, organisent des paris et joutent ensemble, selon Charles Yriarte (Le Monde illustré, 7 mars 1868). 

Les vélocipèdes roulèrent sur une piste, en fait celle circulaire représentée sur le plan publié par les frères Bisson en 1856. Elle sera empruntée pour neuf autres courses organisées en 1868 et 1869 au Pré Catelan. Le Vélocipède du 15 mai 1869 annonce que le Pré Catelan organise avec le Véloce-club trois journées de courses en juin et juillet en affirmant que la piste a un développement de 1700 mètres. En fait,  la course s’est effectuée sur deux tours car, selon Le Vélocipède Illustré du 6 mai 1869, la piste, une des meilleures qu’on puisse choisir, a un développement de 850 mètres.  

Les vélocipédeurs dessinés pédalent devant un charmant édifice autour duquel sont attablés sous le ramage des arbres de nombreux spectateurs dont une majorité de femmes. Il s’agit du Petit Buffet imaginé par l’architecte Gabriel Davioud, lequel construira le Panorama national sur les Champs-Élysées. Le Petit Buffet a été photographié par les frères Bisson et par Marville. 

Si la légende du dessin parle d’une course de vélocipèdes, il n’est pas certain que ce fût une compétition. Les participants sont habillés en tenue de ville et paraissent décontractés,  comme dans une parade. Les articles n’indiquent ni distance, ni durée du parcours. Et il n’y pas de présence de poteau indiquant le départ, ni de jury sur le dessin. Mais une tribune a été dressée, il y aurait eu des paris, plusieurs épreuves se sont succédées car plusieurs prix sont offerts : les prix … sont offerts par l’administration et par Eugène Paz, président des courses. L’un deux se serait élevé à 5000 francs. Aussi, si un doute subsiste quant à la nature de cette course, l’hypothèse de la compétition est la plus probable : ce serait alors la première course sportive sur piste organisée au monde.

Cette course a été organisée sous les auspices du Véloce-Club de Paris récemment fondé ; celui-ci comptait déjà une soixantaine d’adhérents.  Selon la presse, et ce jusqu’en 1870, son siège estétabli au Pré Catelan où l’administration lui a cédé un chalet.  C’est là que seront reçues les demandes d’inscription pour la course. Mais l’adresse du siège indiquée dans les statuts publiés en 1869 indiquera la rue Montaigne à Paris. Il est probable Eugène Paz, le propriétaire du Grand Gymnase et président des courses, fût membre du cercle. Mais les noms de Michaux ou d’Olivier n’apparaissent pas.

Certains voient en cet événement une répétition pour les courses de Saint-Cloud qui se dérouleront le dimanche suivant sur l’autre rive de la Seine. Dans on commentaire consacré à ces dernières, Clarétie reprendra dans L’Illustration la remarque émise par Pierre Véron dans sa chronique hebdomadaire déjà citée : cette semaine … je ne vois guère de vraiment neuf que des courses de vélocipède.

Le bois de Boulogne est resté depuis 150 ans un lieu de promenade à bicyclette apprécié des Parisiens. En témoigne par exemple le succès du Chalet du Cycle situé à l’entrée du pont de Suresnes qui sera peint par Jean Béraud vers 1900. Quant au Pré Catelan, le Petit Buffet se dresse toujours au bord de la piste circulaire mais celle-ci a été réduite à environ 475 mètres.