L'association ParisVelocipedia a pour but principal de commémorer le 150ème anniversaire de l'adaptation de la pédale à la draisienne à Paris en 1861, évènement qui fait de Paris le berceau mondial de la bicyclette.

Les premières courses officielles de vélocipèdes 

 le 31 mai 1868 au parc de Saint-Cloud

 

Le vélocipède à pédales a commencé à être connu du grand public au cours de l’été 1867, en particulier grâce à la Deuxième Exposition universelle à l’issue de laquelle, le 8 décembre 1867, sera organisée la compétition de Paris à Versailles ; le premier projet  prévoyait une course du rond-point des Champs-Élises à destination de Saint-Cloud. Puis, le pays verse au printemps 1868 dans la fureur de la vélocipédomanie, à tel point que le vélocipède devient la préoccupation des cochers. Le Figaro 28 mai signale même l’interdiction du bois aux vélocipédistes de pédaler après midi.  

C’est alors que fut organisée, le 31 mai, jour de la la Pentecôte, lors d’une fête au parc de Saint-Cloud sous le patronage des autorités locales une série de quatre épreuves vélocipédiques, après la visite du Palais impérial à 14 heures et avant le feu d’artifice le soir. Ce parc borde la rive gauche de la Seine, à moins de cinq kilomètres du Pré Catelan, jardin situé au coeur du bois de Boulogne où se tint le dimanche précédent une autre course dont l’aspect sportif n’est pas avéré.

Au moins une quinzaine d’articles ont annoncé ou commenté les courses de Saint-Cloud. Les spectateurs vinrent en masse assister aux épreuves. Les organisateurs s’inspirèrentdes courses de chevaux, avec cette différence toutefois que les coureurs étaient au départ debout derrière leurs vélocipèdes et, qu'au signal donné, ils sautaient en selle. Il semble qu’un seul des coureurs fût habillé complètement en jockey, toque et manches vertes, casaque jaune. Mais l’organisation de cette première course officielle, selon l’expression d’Eugène Paz, est encore balbutiante et la foule qui n’était pas contenue déborda sur la piste : il deviendra indispensable à l'avenir d'établir, au moyen de cordes, une barrière afin d'empêcher que le public déborde sur la piste.

La ville de Saint-Cloud a offert les médailles pour les quatre courses : une en or d'une valeur de 100 francs, deux en vermeil et une en argent. Ces médailles portent sur l’avers l'image de l'Empereur, et sur le revers la légende Ville de Saint-Cloud, 1ères courses de vélocipèdes, 31 mai 1868 entourant du nom du vainqueur.

Les épreuves se déroulèrent plus précisément sur la grande avenue qui part de la grille d’entrée du parc située à proximité de l’actuel pont de Saint-Cloud jusqu’au pied du bassin, soit une longueur aller et retour d’environ 1 000 mètres.

Le jurysiégeait du haut d’une tribune érigée près du bassin. Il était composé de LéonTahère, médecin de la maison de l’Empereur à Saint-Cloud et le maire de la ville depuis janvier 1868, de ses adjoints  Henri Roger et Lefay ainsi  que de Léonce Durruthy, Georges de la Bouglise et Charles Armengaud. Ces deux derniers, qui réglèrent le départ et l’arrivée, sont bien connus des historiens du vélocipède : Georges de la Bouglise a participé au voyage de Paris à Avignon avec Aimé et René Olivier en août 1865. Et Charles Armengaud est un Centralien de la promotion 1865, celle de René Olivier. Il épousera en novembre 1868 à Tullins Jeanne Damazsky, la nièce de Michel Perret, l’oncle des frères Olivier. Quant à son cousin polytechnicien Jules Armengaud, il gérait dans la société Armengaud Jeune les brevets de la famille Olivier pour les vélocipèdes. Le patronyme Armengaud reste inscrit à Saint-Cloud : d’une part, une rue porte le nom du père de Charles, Jacques qui, comme conseiller municipal, avait fait installer le gaz dans la commune, et d’autre part, un vitrail de l’église paroissiale Saint-Clodoald porte l’inscription ex donis Armengaud (1866). Clodoald est un nom d’origine germanique signifiant la gloire au combat qui a donné Cloud et Louis en français, Lewis en anglais, etc.

Les courses eurent lieu dans l'ordre suivant : vélocipèdes au-dessus d’un mètre (médaille d’argent), vélocipèdes d’un mètre (médaille de vermeil), course de lenteur sur 50 mètres de piste, et la Grande course (médaille d’or). Ces épreuves réunirent entre trois et huit vélocipédeurs, ou vélocipédiers, comme l’a écrit Le Moniteur, soit moins d’une vingtaine de participants en tout.  Seuls sont cités les vainqueurs : la première fut remportée, selon les articles, par Charles Bon ou Léon Drouet, la deuxième par James Moore, la troisième par Jules Duruthy et la quatrième par Georges Polinini. Les principaux constructeurs de vélocipèdes parisiens auraient été représentés aux courses ; mais, selon le Courrier de la Drôme et de l’Ardèche, les gagnants ont tous roulé sur des vélocipèdes Michaux. Ce détail, signalé par ce seul journal, rappelle les liens étroits entre les propriétaires du quotidien de Valence et les ateliers Michaux.

Ceux-ci étaient contrôlés depuis le 8 mai par la famille Olivier qui avait lancé Michaux et Cie : les trois frères Olivier avaient pris la majorité du capital. Mais le nom des Olivier n’apparaît dans aucun article en 1868 alors que ce sont probablement eux les organisateurs de la course.  Seuls, ceux de leurs amis, comme de La Bouglise et Armengau, ou de la famille Michaux, sont cités. N’est pas cité non plus le véloce-club, contrairement aux deux courses précédentes, le Paris-Versailles et celle du Pré Catelan. 

Les vainqueurs cités sont d’origine sociale diverse : alors que James Moore était un ami des fils Michaux tout comme Léon Drouet qui sera témoin au mariage d’Edmond Michaux, Charles Bon, fils de pharmacien, le deviendra lui-même. Quant à Georges Polonini et Jules Durruthy, nés respectivement en 1849 et 1850 à Cuba, ils étaient issus de familles ayant fait fortune dans cette île. Jules est le frère cadet de 10 ans de Léonce Durruthy, le membre du jury déjà cité et auteur de la lettre à Michaux datée du 7 mars 1868 où il signera avec la mention membre du véloce-club : c’est la première attestation du Véloce-Club de Paris. En 1907, il sera témoin au décès de Georges de La Bouglise.

Pour revenir à  Jules, il fut l’élève du Grand Gymnase situé au 34 rue des Martyrs à Paris dont le directeur, Eugène Paz, est l’auteur présumé du principal article consacré à la course, celui du Petit Journal du 2 juin signé E.P. Ce gymnasiarque fut un des principaux promoteurs du vélocipède. Il reprit dans Le Figaro à partir du 19 juin 1868 une série de réclames commencée en février : Leçons de VELOCIPEDES au Grand Gymnase PAZ. Elles seront suivies en août d’encadrés publicitaires pour les Vélocipèdes Michaux et Cie où le plus grand vélocipède proposé a curieusement une hauteur de 95 cm.

Le château de Saint-Cloud était la résidence la famille impériale fin mai et le Prince impérial aurait assisté à l’arrivée de la dernière course. Et peu après, Le Figaro du 16 juin 1868 nous apprend qu’à Fontainebleau, il s'exerce volontiers à courir en vélocipède.

M. Michaux qui avait demandé au maire de Saint-Cloud d’organiser une autre course au mois d’août en promettant un vélocipède de 500 francs n’a pas eu gain de cause. Mais la récompense proposée fut reportée sur une autre course, celle d’Enghein le 23 août suivant.

Un an et demi après les courses sur piste à Saint-Cloud, fut organisée la première course sur route, de Paris à Rouen, qui sera gagnée par James Moore ; Gustave Bon fut classé 9e.